RÉMUNÉRATIONS : L’EXÉCUTIF VEUT ÉVITER LA SURENCHÈRE SYNDICALE

Le lancement du chantier des carrières et des rémunérations dans la fonction publique est imminent. Pour éviter la surenchère syndicale, élections professionnelles obligent, le gouvernement Borne ne devrait dévoiler qu’après ce scrutin ses intentions précises de réforme.

C’est l’un des principaux sujets sur la table du gouvernement Borne en cette rentrée et ce sera “le” dossier du second quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de fonction publique. Annoncé par le chef de l’État durant la campagne présidentielle, le lancement du grand chantier des carrières et des rémunérations sera lancé très prochainement.

Le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, doit ainsi réunir courant septembre (aucune date précise n’est encore fixée, ndlr) les représentants du personnel et des employeurs pour engager ces discussions. Des travaux qui seront aussi l’occasion pour l’exécutif de faire un point sur les mesures annoncées lors de la “conférence salariale” du 28 juin dernier, comme la reconduction de la Gipa (Garantie individuelle de pouvoir d’achat), la revalorisation des catégories B ou surtout le dégel du point d’indice. À ce propos, les syndicats devraient profiter du lancement des travaux sur les carrières et les rémunérations pour réclamer de nouveau une nouvelle revalorisation générale des agents publics en raison du contexte inflationniste.

Comme prévu, ce chantier des carrières et des rémunérations devrait se dérouler en deux temps. Un premier temps de discussion “très ouvert et exploratoire” est ainsi prévu dès cette rentrée et jusqu’à l’automne, selon les termes du ministre Stanislas Guerini. Les discussions seront ensuite suspendues en raison des élections professionnelles de décembre prochain. Les échanges reprendront ensuite avec un “cycle de négociations” plus formel. Objectif du gouvernement : faire aboutir ce chantier au premier semestre 2023.

Éviter la surenchère

Sensible sur le fond, le chantier s’annonce tout autant délicat sur la forme pour l’exécutif au vu donc du scrutin de la fin d’année. Selon nos informations, d’ailleurs, le gouvernement ne devrait dévoiler toutes ses intentions dès la rentrée, les pistes de réforme plus concrètes étant attendues pour début 2023. Une manière pour l’exécutif d’éviter un impact sur les élections professionnelles et, surtout, la surenchère des réactions syndicales sur ses pistes de travail.

Si le gouvernement compte donc se laisser du temps pour dévoiler sa réforme précise, ses ambitions ne laissent plus de doute depuis la campagne présidentielle. Emmanuel Macron avait alors promis de “rebattre les cartes de l’organisation de la rémunération” dans la fonction publique pour “rendre les carrières plus attractives et les progressions de carrières plus différenciantes”. 

Le chef de l’État avait aussi pointé les “rigidités” du système par catégories (A, B et C). “On le voit bien, il est un peu à bout de souffle”, avait-il affirmé. Des constats réaffirmés par le ministre Stanislas Guerini sur CNews ce vendredi 26 août : “Nous avons un travail à mener sur la rémunération des agents. L’attractivité de la fonction publique est un sujet de feuille de paie mais aussi de sens. Aujourd’hui les dispositifs sont trop cloisonnés. Plus personne ne sait expliquer pourquoi, par exemple, un contractuel de la territoriale est payé aussi différemment qu’un fonctionnaire de l’État. C’est ça qu’il faut remettre à plat pour redonner du sens”.

Plusieurs hypothèses ont néanmoins déjà été évoquées par le gouvernement comme la mise en avant de l’intéressement (personnel comme collectif), le développement de la rémunération au mérite, l’instauration de “garanties socles” ou encore la mise en place d’“accélérateurs de carrière” pour reconnaitre l’engagement des agents publics. Charge désormais à l’exécutif de préciser ses intentions dans un contexte social qui s’annonce d’ores et déjà tendu.