(37) Les 30 ans de la Chute du Mur – 30 Jahre Mauerfall

Une nouvelle époque commence - Beginn einer neuen Epoche. Foto: (c) Michael Magercord / ROPI

(De / von Michael Magercord – KL / MC) – Nous sommes déjà dans l’ambiance des fêtes à venir, beaucoup d’entre nous ont déjà arrêté de travailler, mais le souvenir de cet événement passé nous rappelle qu’il n’est pas possible de décréter le calme lors de temps mouvementés. On pourrait le regretter, car ce serait beau si on pouvait arrêter, ne serait-ce que pour un court instant, le cours du temps.

D’une certaine façon, c’est ce que nous avions tenté pendant presque deux mois à travers cette série : arrêter brièvement le temps –  un petit rappel de cet événement historique qui a engendré une nouvelle époque. Au début, notre série de photos nous a ramenés vers la Chute du Mur à Berlin, pour revenir sur le 4 novembre 1989 et la grande manifestation de Berlin-Est, qui n’offrait alors pas de réponses aux grandes questions et aux aveux courageux des intervenants à cette manifestation. Et aujourd’hui, le 22 décembre, on clôture cette série d’images avec celle de l’ouverture de la Porte de Brandebourg qui avait lieu, jour pour jour, il y a 30 ans.

Depuis la Chute du Mur, beaucoup de choses avaient déjà changé. La tonalité était plus agressive, et les attentes par rapport à ce qui allait venir avaient augmenté. Pourtant, la direction de l’évolution était déjà donnée : lorsque trois jours plus tard, le jour de Noël, les habitants de Berlin-Ouest ont pu se rendre pour la première fois à l’Est, sans visa ni obligation de changer de l’argent en Mark Est, les visiteurs ouest-allemands furent accueillis en Allemagne de l’Est par une haie d’honneur de ressortissants qui agitaient des drapeaux. L’accueil par le drapeau allemand était sans doute un geste sympathique, mais notre petit groupe de visiteurs ouest-allemands était pris par un sentiment étrange. Dans notre perception, le monde était plus grand que ce malheureux bout d’Allemagne. Est-ce que c’était un retour vers quelque chose que nous avions pensé surmonter ? Du moins, on voyait tout de suite les deux côtés de ce changement d’époque : le monde se rétrécissait au moment même de son ouverture.

Excusez-moi, chers lectrices et lecteurs ; en principe, je ne voulais plus vous embêter avec mes lamentations sur un temps révolu. Au contraire – je voulais vous remercier ! Comment avez-vous réussi à tenir jusqu’à la fin de cette série en regardant ces photos plus ou moins informatives, parfois touchantes, parfois hardies ? Et surtout – comment avez-vous fait pour vous confronter aux considérations qui accompagnaient ces photos ?

Je l’avoue : parfois, mes conclusions et questions face à ces photos que j’ai moi-même redécouvertes en fouillant mes archives étaient tirées par les cheveux et confuses ; et se pose donc la question : à quoi bon tout ce travail de mémoire ? Après 30 ans ? Est-ce que nous ne vivons pas un tout autre monde où il s’agit, aujourd’hui, de trouver des réponses à des questions complètement différentes ?

Trente ans, c’est un laps de temps qui laisse apparaître le passé sous une lumière bien différente qu’à l’époque. Une génération entière a grandi, et le regard sur le passé change. Oui, il y a un narratif officiel et collectif, dans la cas de l’unification allemande avec un « happy end ». Mais il y a aussi une perception personnelle qui comporte, comme je voulais le montrer par ces photos, des facettes et aspects moins officiels. Lorsque l’on compare les deux, on tombe sur un grand vide dans la mémoire. Ceci explique un certain malaise qui se traduit par ce discours sur un temps perdu et les acteurs qui vivaient cette époque révolue.

Pourquoi alors cette mémoire ? C’est simple : on ne peut pas lui échapper. Mais est-ce qu’on a besoin de cette mémoire pour mieux comprendre l’avenir ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude, mais une chose est sûre : on ne peut pas échapper à cette mémoire. Donc, il s’agit de faire de notre mieux et de réfléchir à nouveau sur les questions qui se posent en regardant ces anciennes images : c’est quoi, les frontières ? Combien d’euphorie l’Homme peut-il supporter ? Est-ce que les envies matérielles symbolisent des rêves immatériels ? Quelle est la tragédie incontournable de l’action politique ? – pour citer quelques-unes des questions qui se sont posées lors de cette rétrospective.

Pour moi, ancien habitant de Berlin-Ouest, la mémoire la plus marquante était ce sentiment de normalité dans une situation totalement absurde. Un mur devant chez soi, changer de tram à la gare « Bahnhof Friedrichstraße », des stations de métro mortes – tout ça faisait partie du quotidien vécu, d’un quotidien tellement absurde que nous sentions tous à l’époque que cela ne pouvait pas durer éternellement. Mais qu’est-ce qui nous apporte la prise de conscience qu’un état absurde peut être pris faussement pour la normalité ? Cette prise de conscience nous autorise à penser une pensée carrément libératoire : nous aussi, nous vivons une époque absurde, sauf que nous n’avons pas encore pris conscience de cette absurdité.

Super, nous vivons à « Absurdistan » ! Dans l’ancienne Europe de l’Est avec son socialisme réel, on le savait toujours et maintenant, on commence aussi à le comprendre à l’Ouest, et les images de Berlin le confirment : notre quotidien aussi peut être absurde ! Cela devrait nous servir de leçon pour les grands changements qui s’annoncent aujourd’hui. Car les changements qui nous attendent aujourd’hui nous demanderont un effort d’adaptation encore beaucoup plus important que cette petite Chute du Mur. Et nous ferions  mieux de partir déjà du principe que l’état des choses d’aujourd’hui ne pourra pas non plus durer éternellement.

A partir du moment où l’on accepte cette pensée, on peut mieux utiliser le temps vers les changements inévitables que lors des trois dernières décennies. Ces trois décennies, nous les avons gaspillées en cherchant des solutions pour des problèmes qui, face aux vrais défis de notre époque, ne sont pas les grands problèmes. Allons-y, nous, les nouveaux habitants d’Absurdistan : nous devrons nous mettre à penser autrement.

Eh oui, je l’avoue : les conclusions qui pourraient en découler paraissent parfois tirées par les cheveux et confuses. Mais ce n’est pas grave. Car la rétrospective sur le changement d’époque il y a trente ans peut nous enseigner autre chose encore : le temps qui passe peut nous obliger à agir hâtivement, mais le temps presse toujours, même lorsqu’il s’agit de petitesses. Prenons le temps d’une pause pour retrouver le calme de la réflexion et pour, par exemple, nous souvenir de choses qui peuvent nous servir de référence. Et tiens : le farniente dans la réflexion pourrait devenir le facteur déterminant qui nous permettra de maîtriser les nouveaux défis – en ce sens, je souhaite à tous nos lectrices et lecteurs une période de fête détendue !

Michael Magercord

Das war’s – 30 Jahre Mauerfall…

Da sind wir eigentlich schon auf die kommenden Festtage eingestimmt worden, haben bereits die wichtigen Tagwerke eingestellt, doch nun erinnert uns noch ein längst vergangenes Ereignis daran, dass in bewegte Zeiten keine verordnete Ruhe einkehrt. Das mag man zutiefst bedauern, denn wäre es nicht schön, wenn das wirklich möglich wäre, die Zeit und ihre Läufe wenigstens einmal kurz anzuhalten?

Im gewissen Sinne hatten wir über fast zwei Monate hinweg an dieser Stelle versucht, genau das zu tun: die Zeit immer mal wieder kurz anzuhalten – wenn auch nur in einer Rückschau auf eine bewegende Epochenwende. Zu Beginn führten unsere Fotoserie aus der Zeit des Mauerfalls von Berlin zurück zum 4. November 1989, zur großen Demonstration in Ostberlin, die noch heute mit der auf ihr offen bekundeten Nachdenklichkeit und dem mutigen Eingeständnis der Redner, keine vorgefertigten Antworten auf die Fragen der damaligen Zeit zu haben. Und nun, am 22. Dezember, endet der Bildereigen mit Fotos von der Öffnung des Brandenburger Tores vor dreißig Jahren.

In der Zwischenzeit hatte sich viel verändert. Der Ton war schärfer geworden und die Erwartungen an das Kommende höher gestiegen. Und die Richtung, wohin uns diese Zeit nun bringen sollte, war vorgeben: Als drei Tage später, am ersten Weihnachtstag, den Westberlinern und Westdeutschen zum ersten Mal die visa- und umtauschfreie Einreise in die DDR ermöglicht wurde, begrüßte die Ausflügler im ostdeutschen Hinterland ein Spalier von Fahnenschwenkern. Die Deutschlandflaggen zur Begrüßung der Landsleute war sicher nett gemeint, doch unter unserer kleinen westdeutschen Reisegruppe machte sich eine befremdliche Stimmung breit. Unsere Welt hatten wir immer als größer wahrgenommen, als dies bisschen Deutschland. Waren wir da nun auf einem Weg zurück in etwas überwunden Geglaubtes? Zumindest zeigte sich die Zwiespältigkeit dieses Epochenumbruchs: Bei ihrer Erweiterung verengte sich die Welt gleichsam.

Aber ach, liebe Leser, ich wollte sie doch gar nicht mehr belästigen mit dem Gestöhne aus einer anderen Zeit. Stattdessen möchte ich mich bei Ihnen bedanken! Wie haben Sie das bloß durchgehalten und immer wieder die Muße gefunden, die vielen, mal mehr mal weniger informativen, ab und an berührenden, aber manchmal lästerlichen Bilder zu betrachten? Und vor allem: Woher haben sie den Gleichmut genommen, sich dann auch den Betrachtungen dazu auszusetzen?

Den ja, ich gestehe: abenteuerlich und verworren schienen so manches Mal die Schlussfolgerungen auf die Fragen, die die Wiederentdeckung der Bilder gestellt haben, sodass sich nun noch die Frage ergibt: wozu all das Erinnern? Nach dreißig Jahren? Leben wir nicht in einer ganz anderen Welt, in der ganz andere Frage zur Beantwortung anstehen?
 
Dreißig Jahre ist eine Zeitmarsche, nach der vieles in einem anderen Licht erscheint. Eine ganze Generation ist herangewachsen und der Blick auf die Vergangenheit wandelt sich. Ja, es gibt eine offizielle, zur kollektiven Erzählung gewordene – in Falle der Wiedervereinigung eine glückliche –, und es gibt die persönliche Wahrnehmung mit – wie diese Bilderserie hoffentlich zeigen konnte – etlichen Facetten und Zwischentönen. Erfolgt ein Abgleich zwischen beiden, tun sich in der Erinnerung große Lücken auf. Darin nistet sich ein Unbehagen ein, das sich eben in Gestöhne aus einer anderen Zeit kundtut und die Zeitgenossen belästigt.

Wozu also Erinnerung? Ganz einfach: weil es kein Entfliehen aus ihr gibt. Braucht man sie aber, um die Zukunft zu bestehen? Wer mag das sagen. Nur, dass man ihr nicht entgeht, scheint sicher. Also das Beste daraus machen und die Fragen, die sich beim Betrachten der alten Bilder wieder oder erstmals eingestellt haben, neu überdenken: Was sind Grenzen? Wie viel Euphorie verträgt der Mensch? Stehen materielle Wünsche symbolisch für ein immaterielles Verlangen? Worin liegt die unausweichliche Tragik politischen Handelns? – um einige zu benennen, die sich mir aus dieser Rückschau ergeben haben.

Die für mich als einstiger Westberliner prägendste Erinnerung ist und bleibt aber das Gefühl der Normalität eines im Grunde völlig absurden Umstandes. Eine Mauer vor der Haustür, Umsteigen im Bahnhof Friedrichstraße, tote U-Bahnhöfe – alles war gelebter Alltag, der allerdings so absurd war, dass es eigentlich klar war, dass es damit nicht ewig weitergehen konnte. Was aber bringt nun die Erfahrung, einen absurden Zustand für normal halten zu können? Sie erlaubt uns, einen Gedanken zu denken, der geradezu eine Befreiung darstellt: Auch wir leben in absurden Zeiten, nur ohne bisher zum Bewusstsein seiner Absurdität vorgedrungen zu sein.

Juchu, wir leben in Absurdistan! Im alten, realsozialistischen Osteuropa wusste man es immer, im Westen können wir es jetzt so langsam nachvollziehen, denn nicht zuletzt die Bilder aus Berlin bestätigen es: auch Alltag kann absurd sein! Das sollte uns eine Lehre sein, die uns für den kommenden Umbruch rüstet. Der wird von uns nämlich noch vielmehr Anpassungsleistung abfordern, als es das bisschen Mauerfall tat. Besser gleich davon ausgehen, dass sich der derzeitige Zustand kaum ewig aufrechterhalten lässt.

Ist dieser Gedanke erst einmal gedacht, lässt sich die Zeit bis zum unvermeidlichen Wandel kreativer nutzen als die letzten drei Jahrzehnte. Verplempert wurden die mit der Suche nach Lösungen für Sorgen, die in Anbetracht der wahren Herausforderung, vor der wir nicht erst seit jener Zeit stehen, keine sind. Also los: Wir, die Neubürger von Absurdistan, sind nun dran neu zu denken.

Und ja, zugegeben, was dabei an Schlussfolgerungen herauskommen kann, erscheint so manches Mal abenteuerlich und verworren. Das macht aber nichts. Denn noch etwas kann uns die Rückschau auf die Epochenwende vor dreißig Jahren lehren: verrinnende Zeit mag uns zum schnellen Handeln drängen, aber sie drängt eben immer, selbst wenn es um Kinkerlitzchen geht. Gönnen wir uns hingegen eine Pause, in der wir zur Ruhe kommen und – zum Beispiel – lehrreiche Erinnerungen wachrufen. Und siehe: Gerade das sinnende Nichtstun könnte noch der entscheidende Faktor sein, mit dem wir die neuen Herausforderungen bestehen werden – in diesem Sinne nun allen Lesern eine geruhsame Weihnachtszeit!

Michael Magercord

La Porte de Brandebourg ouverte - das Brandenburger Tor offen wie ein Scheunentor... Foto: Michael Magercord / ROPI

La Porte de Brandebourg ouverte – das Brandenburger Tor offen wie ein Scheunentor… Foto: Michael Magercord / ROPI

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