Les intellectuels ont-ils encore du pouvoir ?

Emission L’Atelier du pouvoir animée par Thomas Wieder et Vincent Martigny diffusée sur France Culture le 3 octobre 2015.

Que se passe-t-il dans la vie intellectuelle aujourd’hui ? Les intellectuels français ont-ils encore un pouvoir, et si oui lequel ?
Quel est leur rapport à la décision politique ?
Pour en parler, nous recevons Sudhir Hazareesingh, historien britannique, qui enseigne la science politique à l’université d’Oxford et auteur de Ce pays qui aime les idées (Flammarion, 2015) et Marcel Gauchet, historien, philosophe rédacteur en chef de la revue Le Débat.

Extrait
« Réactionnaire, cela désigne quelque chose de très précis. En gros, le courant contre-révolutionnaire qui s’oppose aux valeurs démocratiques fondamentales : raison, souveraineté du peuple, légitimité démocratique. Est-ce qu’il y a des réactionnaires de ce genre en France dans le paysage ? Franchement, je n’en vois pas beaucoup. Ils existent mais ils sont très clandestins.
Conservateur, c’est tout à fait autre chose. La différence entre réactionnaires et conservateurs est capitale. Les conservateurs sont tout simplement des gens qui sont face à l’évolution moderne dans une position de ralentissement. « Doucement, il faut être prudent. On ne sait pas où on va. Il faut faire ces choses avec lenteur, raisonnable, etc. » Est-ce qu’on a vraiment des conservateurs de ce genre en grand nombre en France ? En fait, il n’y en a jamais eu. Il n’y a pas de tradition vraie conservatrice en France sinon des exceptions qui n’ont pas pesé.
Ce à quoi nous avons affaire, et je pense que de ce point de vue le personnage vraiment exemplaire c’est Péguy, qui est d’ailleurs une référence commune à beaucoup des auteurs de la même mouvance. C’est-à-dire dire des gens qui se définissent de l’intérieur du camp du progrès globalement mais qui sont extrêmement alertés par les conséquences négatives de ce progrès. On peut être à l’intérieur du camp progressiste et cependant très attentif aux dérives qu’une version intempérante du progrès ou de la rationalité peut entraîner.
(…) Je me définis depuis toujours dans le camp du progrès. Mais je n’appartiens absolument pas à cette filiation. J’ai de l’admiration pour Péguy en tant que poète. En tant que penseur il ne me semble pas très convaincant. Il ne m’a jamais emballé. Mais en revanche, je reconnais la pertinence des avertissements qui nous viennent de cette famille de pensée qui ont souvent une grande pertinence même s’ils ont tendance à leur donner une version extrême et à les considérer comme insurmontables, ce que je ne crois pas. C’est précisément là qu’est la vraie démarcation. » (Marcel Gauchet)

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